La solidarité poivrée
C’est plus de 1000 manifestant-es provenant de toutes les régions du Québec qui ont pris d’assaut, ce matin, la Tour de la Bourse de Montréal pendant plus de 5 heures. L’action qui devait à la base se tenir au Centre de Commerce International a finalement été déplacé dans cet immeuble qui en plus d’être le haut lieu de la finance montréalaise, héberge aussi le Ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale. L’action coordonnée par la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics visait à lancer un ultimatum au Ministre Bachand qui déposera son budget dans les prochains jours et à dénoncer l’appauvrissement et la précarisation vécue par la population du Québec.
L’action de la coalition était motivée par trois revendications principales : l’annulation de la hausse des frais de scolarité s’élevant à 1625$, le retrait de la taxe santé de 200$ par personne par année et de la hausse des tarifs d’électricité. La coalition propose de financer ces programmes sociaux entre autre en attaquant les abris fiscaux, aux mesures fiscales destinées aux entreprises, de modifier le plafond d’imposition des REER, d’ajouter des paliers d’imposition et de remettre en place la taxe sur le capital.
Parmi les nombreux groupes présents, on compte notamment la Coalition large de l’association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), la Fédération nationale des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), plusieurs comités de logement et divers organismes communautaires.
Dès 7h30 le matin, les participant-es ont déployé-es un long ruban rouge autour de la Bourse et se sont posté-es aux différents points d’accès en vue de paralyser les activités. Les porte-paroles des groupes présents, notamment Jane Reynolds, nouvellement élue porte-parole à la CLASSE, se sont relayés devant l’entrée du bâtiment pour livrer des discours enflammés devant la foule rassemblée dans le calme. À la façade Ouest du bâtiment, la présence d’un tunnel reliant la Bourse à l’Hôtel Delta a contraint les participants à fermer l’entrée de l’établissement hôtelier. Cet élargissement de l’action a provoqué la colère de certains usagés, déterminés à casser le blocage ce qui a provoqué quelques accrochages.
La manifestation s’est généralement déroulée dans le calme. Pourtant, c’est devant l’entrée du Delta que la situation s’est enflammée à partir du moment où le Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) a ouvert une ligne d’affrontement en déployant ses agents entre les portes de l’hôtel et les militant-es. Après avoir négocié un retrait avec le corps policier, Manon Massé, candidate de Québec Solidaire, s’est exprimée devant la foule en l’incitant à abandonner l’occupation du Delta et à se concentrer sur la cible principale de la manifestation, soit la Bourse. Certains militant-es ont choisi de quitter à ce moment. Après avoir souligné l’aspect unilatéral de la décision et surtout leur refus de voir l’action devenir strictement symbolique, d’autres ont préféré maintenir les lignes et ce, pendant plusieurs heures.
Le refus d’obtempérer à entrainé l’intervention massive du SPVM. Suite à l’émission d’un avis d’éviction, l’anti-émeute a brutalement encerclé, divisé et repoussé les militant-es vers le trottoir en utilisant matraques et gaz poivre. On compte au moins quatre arrestations. Un comité juridique a d’ailleurs été mis sur pied à la CLASSE dans le but de fournir une défense légale aux manifestant-es arrêté-es au cour de la grève. Par la suite, le blocage s’est transformé en manifestation qui a parcouru les rues du centre-ville pour finalement se disperser pacifiquement.
Comme toute réponse à la manifestation, le Ministre des Finances, Claude Bachand, a déclaré en marge du caucus libéral que : «Bloquer le centre-ville, c’est inacceptable dans une société».
Article par Nastassia Williams (UQAM).










